La Courneuve porte plainte pour discriminations sociales

LA COURNEUVE, Seine-Saint-Denis – Deux ans après l’accession de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, la municipalité de La Courneuve,  a décidé de porter plainte pour discriminations sociales et urbaines.

Son maire, le communiste Gilles Poux, déposera son dossier mercredi devant la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), avant d’organiser le 28 juin une marche de protestation dans sa ville près de Paris.

« On fait le pari que la Halde va accepter notre plainte », a-t-il dit lors d’une conférence de presse destinée à motiver cette démarche inédite pour une commune.

Gilles Poux a précisé avoir contacté 150 maires de villes connaissant des difficultés similaires avec l’espoir que son « pavé dans la mare » deviendrait un « raz-de-marée », parallèlement au lancement d’une campagne nationale.

En juin 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait provoqué un tollé dans les banlieues en parlant de nettoyer « au Kärcher » la Cité des 4000 à La Courneuve après la mort d’un jeune, victime d’une balle perdue.

Accusé de « populisme », le futur candidat UMP à la présidentielle était retourné sur place quelques jours plus tard pour y annoncer des mesures en faveur de l’emploi, de l’éducation et de la sécurité.

Selon Gilles Poux, Nicolas Sarkozy « a promis monts et merveilles », en particulier pour l’emploi des jeunes mais « on est dans la même situation. »

« Pour le droit à la sécurité dans les grands ensembles, la situation a plutôt tendance à se dégrader », assure-t-il.

« PARIAS URBAINS »

Se défendant de vouloir « faire un coup » politique, le maire de La Courneuve dresse la liste des discriminations justifiant sa plainte, à commencer par la « rupture urbaine » d’une cité dont un tiers de la population est, selon lui, étrangère.

La cité des 4000 a été gérée jusqu’en 1984 par les HLM de Paris qui y logeaient les habitants dont la capitale « ne voulait pas », en faisant ainsi un « territoire de relégation », dit-il.

Dénonçant l’insuffisance des crédits de l’Etat, Gilles Poux souligne qu’il a fallu 25 ans pour connecter les grands ensembles à la gare RER et entamer un processus de rénovation.

Autre plaie dont souffre la commune : deux autoroutes, l’A1 doublant une ligne de chemin de fer et l’A86 coupant la ville en deux, empêchent les riverains d’accéder au parc départemental, le poumon vert de la ville.

« Quinze ans après, à la suite de malfaçons, les plaques de piliers de l’A86 sont toujours maintenues par des planches », raconte le maire.

Selon lui, Nicolas Sarkozy a récemment promis dans son discours sur le Grand Paris d’enfouir la RN 13 qui coupe son fief prospère de Neuilly-sur-Seine pour 1,5 milliard d’euros alors que « ce n’est pas la priorité de mettre de l’argent de ce côté de la banlieue. »

Troisième facteur de discrimination : la rupture économique et sociale.

De nombreux jeunes ont témoigné lors de différentes tables rondes qu’il leur était pratiquement impossible de postuler à un emploi lorsqu’ils mentionnaient leur adresse à La Courneuve.

Tous se sentent considérés comme « des parias urbains aux portes de Paris. »

Un sentiment renforcé par les statistiques : le revenu imposable mensuel moyen d’un habitant de La Courneuve était en 2005 de 875 euros, soit la moitié du revenu moyen en Ile-de-France, près de 15% des ménages sont allocataires du revenu minimum d’insertion, et en 2008, le taux de chômage était de 12,8%, contre 6,5% pour la région IDF.

« Le Samu de l’urgence sociale s’arrête à La Courneuve », déplore Gilles Poux qui a établi des priorités auxquelles les pouvoirs publics doivent s’atteler sans tarder, dans les domaines de l’éducation, de la formation, de l’urbanisme, des infrastructures et de la culture.     Avec Reuters

 

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